Formation continue

Intelligence artificielle : mieux la comprendre pour l’intégrer à son processus créatif

Avec Guillaume Lebrasseur, photographe de profession et formateur polyvalent en prise de vue, retouche ou motion design, nous décortiquons ce qu’est vraiment l’intelligence artificielle pour mieux la démystifier et l’intégrer pleinement au processus créatif.

Après un début de carrière dans le développement web puis dans le jeu vidéo chez Vivendi, Guillaume intègre la formation continue de GOBELINS Paris en 2009 pour devenir photographe indépendant et formateur, notamment au sein de l’école.

Ayant travaillé dans les années 2000 sur des systèmes de reconnaissance à usages militaires, il s’intéresse naturellement à l’IA et est approché dès 2020 par des élèves, des entreprises et des organismes de formation pour sensibiliser aux technologies génératives.

Image générée par IA montrant une femme dans un miroir avec un chien dans une pièce délabrée ancienne

Sans tergiverser : faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ?

Clairement, non. Il faut considérer l’IA pour ce qu’elle est, à savoir un outil prédictif qui ne fait que jeter des dés pour déterminer la couleur du prochain pixel ou les mots de la prochaine phrase. 

Les personnes qui voient l’IA d’un mauvais œil craignent que leurs compétences ne soient plus reconnues et c’est légitime. Pourtant, aussi performante soit-elle, l’intelligence artificielle nécessite d’être dirigée pour éviter les impairs.

L’un des rares exemples de perte de contrôle est celui de Tay, le robot conversationnel de Microsoft qui n’a mis que quelques heures pour tenir des propos racistes parce qu’alimenté par des utilisateurs mal intentionnés.

Actuellement, peu de personnes savent réellement bien utiliser l’IA. S’amuser avec est une chose, en avoir un usage professionnel en est une autre et c’est là tout le problème.

Guillaume Lebrasseur

Les mauvaises pratiques se repèrent très vite, notamment à l’écrit avec des milliers d’articles déjà publiés mais qui n’ont aucun intérêt. Parce qu’il faut toujours la superviser, l’intelligence artificielle se positionne avant tout comme un assistant dont on est le directeur artistique ou le rédacteur en chef.

Par conséquent et comme pour la tablette graphique a ses débuts par exemple, l’intelligence artificielle ne va pas détruire d’emplois. Elle va à l’inverse faire évoluer des pratiques et permettre de gagner du temps.

Le cas du storyboard est intéressant. En soumettant un fichier détaillant séquences et plans à une IA générative telle que ChatGPT, il est possible d’obtenir un premier rendu imparfait mais qui permet de savoir ce qui fonctionne (ou non) et de prendre de bonnes décisions plus tôt. Tout le monde est gagnant.

On peut aussi rappeler que la création de la photographie a permis, en réaction, l’émergence du cubisme et du pointillisme. On peut donc tout à fait s’attendre à la naissance d’autres courants artistiques en contrepoint de ces nouvelles technologies.

Pour terminer et si l’on veut dédramatiser davantage, il faudrait que les IA génératives soient massivement adoptées pour constituer une vraie révolution. Or, à peine 5 % des professionnels les utilisent actuellement. De quoi relativiser !

Storyboard d’une scène de l’Appel de Cthulhu

Storyboard d’une scène de l’Appel de Cthulhu

Détail des prompts soumis à ChatGPT pour réaliser le storyboard

Exemple d’un storyboard réalisé avec ChatGPT 4 sur la base de la nouvelle L'Appel de Cthulhu de H. P. Lovecraf

Quelles sont les possibilités de l’IA pour la création aujourd’hui et quelles évolutions pouvons-nous entrevoir pour les années à venir ?

Les IA génératives ouvrent des perspectives très réjouissantes pour le jeu vidéo notamment. Alors que les personnages non jouables (PNJ) ont jusqu’ici toujours été plutôt pauvres en termes d’écriture, il sera bientôt possible d’avoir de véritables conversations avec des PNJ grâce aux IA génératives. Des plugins permettant de relier des PNJ à ChatGPT existent d’ailleurs déjà.

Mais nous avons également d’autres possibilités très concrètes dans le domaine de l’écriture. En son temps, H. P. Lovecraft avait rédigé un essai de 83 pages regorgeant de conseils rédactionnels à destination de ses pairs. Depuis GPT-4, il est possible de rédiger une invite (le fameux prompt en québécois) d’une centaine de pages. En utilisant cet essai comme une invite, il est possible d’écrire une nouvelle à la manière de Lovecraft.

Toutefois, il va être nécessaire d’enrichir constamment l’invite avec des précisions sur les personnages, le lieu, la période ou les rebondissements attendus pour espérer obtenir un résultat final satisfaisant. Étape par étape, il faudra valider le plan, l’introduction puis le premier chapitre… Ce sont tous ces échanges qui vont permettre à l’auteur de se réapproprier cette création.

Construction d’une image sous forme de canevas

À ce sujet, deux jurisprudences récentes ont vu le jour aux États-Unis, la première concernant le premier livre pour enfant réalisé avec une IA et dont l’auteur a perdu les droits. Celui-ci n’avait en effet pas pu démontrer sa valeur ajoutée dans la réalisation du livre.

À l’inverse, en conservant la trace de tous ses échanges avec l’IA et en démontrant que son œuvre était la somme de ses propres choix, une autre personne a pu prouver être l’auteur de son ouvrage. Cette réappropriation peut être mise en parallèle avec la photographie. Ainsi, il n’y a pas ou peu d’apport en mode automatique alors que le mode manuel est une conjonction de décisions (ouverture, temps de pose, flou…).

Enfin, couplée à un smartphone, l’IA permet de gagner un temps considérable pour des missions de motion capture en filmant directement les acteurs, puis en générant un fichier de type Blender* certes imparfait mais très utile. Autant de possibilités inédites pour des profils étudiants ou juniors très créatifs et innovants mais disposant de peu de moyens financiers.

*Un outil d’animation, de modélisation et de rendu 3D open source

Storyboard issu de la nouvelle l’Appel de Cthulhu de H.P Lovecraft

Storyboard issu de la nouvelle l’Appel de Cthulhu de H.P Lovecraft

Pourquoi est-il essentiel de se former aux IA génératives et que faut-il attendre d’une formation à l’IA en 2024 ?

Comme lors de l’arrivée du numérique pour la photo, le plus grand danger est d’assister à un appauvrissement global de la qualité car la tentation de laisser l’intelligence artificielle créer à sa place est grande.

Comme évoqué plus haut, l’IA n’est qu’un outil. Ce qui fait réellement la différence entre un usage amateur et professionnel, c’est soi-même, la façon dont on aborde l’intelligence artificielle et avec quel niveau d’éthique. Un boîtier, même très cher, n’a jamais suffit à faire un bon photographe.

C’est cette volonté de maintenir une excellence créative et graphique, face à une baisse générale de l’exigence, que l’on cultive à GOBELINS Paris. En rappelant ce qu’est vraiment l’IA, la formation doit permettre de définir quel sera le meilleur outil en fonction de l’usage et d’obtenir des créations qui trouveront leur place dans un workflow d’agence ou de studio où les attentes sont très précises.

C’est pour cela que l’école a fait le choix de sensibiliser d’ores et déjà à ces sujets dans le cadre de deux formations à Midjourney pour l’illustration et la photographie ainsi qu’à ChatGPT pour l’écriture de scénario. De nouveaux modules plus spécifiques devraient d’ailleurs voir le jour cette année.

À droite, fiche détaillant les éléments d’un futur portrait photographique, au milieu, l’interprétation par ChatGPT, à droite, la photo finale

À gauche, fiche détaillant les éléments d’un futur portrait photographique, au milieu, l’interprétation par ChatGPT, à droite, la photo finale

Dans le cadre de la formation Prise de vue et éclairage professionnel en studio, les stagiaires avaient pour objectif de réaliser un schéma d’intention pour un portrait.

Le schéma a été soumis à ChatGPT qui a déchiffré l’ensemble de la fiche et proposé une première interprétation. La photo de droite représente le portrait final réalisé par l’élève.

Quel est le plus gros défi aujourd’hui pour les IA génératives ?

La législation, sans hésiter. Indiquer qu’une IA générative est intervenue dans un processus créatif est une question d’éthique. Il va donc être nécessaire de légiférer pour sortir de la zone grise actuelle.

C’est une discussion qui est menée en ce moment-même à GOBELINS Paris avec l’objectif de produire un livre blanc posant un socle commun de règles. Au départ, le code de la route était avant tout un code de courtoisie fait de principes arbitraires sur lesquels les citoyens se sont entendus et que l’on ne questionne plus aujourd’hui. Le principe est le même pour l’intelligence artificielle.

Peinture réalisée par IA montrant un portrait d’un homme sur un cheval au dessus d’un grand escalier dans une bâtisse de type grand manoir

Visuel réalisé par Guillaume Lebrasseur à partir d’une portrait d’une personne réelle

Un grand merci à Guillaume pour ses éclairages précieux et enthousiasmant sur les possibilités et les atouts de l’IA pour le processus créatif. Vous pouvez retrouver l’intégralité de son parcours et le contacter sur LinkedIn.

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Actualité publiée le 01 mars 2024